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  • Photo du rédacteurFerdinand

Sur les chemins noirs - Sylvain Tesson


Le 19 Juillet à Auriac du Périgord,


Hier soir je terminais la diagonale inspirante du marcheur solitaire, son chemin de rédemption, son odyssée réparatrice. Et ce matin, tout comme lui, je trace mon itinéraire Sur les chemins noirs, souvent en pointillés, sur la carte IGN. Je suis en étape dans le Périgord noir, en déplacement professionnel. J’écoute les derniers conseils du patron de l’hôtel qui m’héberge pour rejoindre le sentier, et je sors.

« On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres. »

Le long de la Laurence, je lance mes premières foulées, les membres encore engourdis de sommeil, les articulations douloureuses, et le corps lourd du trop bon dîner de la veille. La nature se défend bien, des ronces rebelles m'écorchent les jambes, des branches basses manquent de m'assommer. J'esquive. Le tracé n’est pas toujours évident, il m’égare. Je consulte mon application mobile, puis reviens quelques pas en arrière pour trouver mon chemin dans les broussailles. Les muscles chauffent, j’accélère progressivement. Au milieu des basses montagnes, parmi les plus vieilles du pays, au cœur des vertes forêts, peut-être les plus denses, je cale mon allure. Le paysage défile à douze kilomètres par heure. Je croise de vieilles bâtisses de pierres, voyageuses des temps mais solides gardiennes de l’espace, et de jeunes maisons de bois, de verre et de panneaux solaires, passives, autonomes, qui se prétendent plus écolos que leurs aînées.

L’air de rien, le temps d’une heure seulement, je voyage. Et comme souvent dans ces courtes excursions, à première vue peu exotiques, je suis cueilli. Par les odeurs, les couleurs, les impressions, le bien-être qu’elles me procurent. J'écoute mon corps, qui souffre un peu. J'entends mon âme qui se révèle. J’apprends, je comprends. Je ne suis qu’un apprenti, un modeste disciple de Tesson - sur le terrain comme sur le papier - mais à la lumière de ses aventures, je grandis et j’appréhende l'esprit du voyage solitaire. Celui qui construit plutôt que de détruire, celui qui libère plutôt que d’étouffer, celui qui questionne plutôt que d’étourdir. Le voyage est intérieur, profond, infini. Voilà ce que j'aime faire Sur les chemins noirs : cheminer.

« Pourquoi passer une vie à cavaler ? Que rapporte-t-on de ces gigues ? Des souvenirs et beaucoup de poussière. Le voyageur rafle les expériences, disperse son énergie. Il revient essoufflé, murmure "Je suis libre" et saute dans un nouvel avion. »

Il fait déjà chaud. Je termine ma course le long d’un étang privé. Sous les arbres, à la fraîche, deux pêcheurs silencieux dans une barque presque immobile. A leur manière, dans la lenteur, dans l'attente, ils ont l'air de naviguer eux aussi sur leurs chemins noirs.


 

SUR LES CHEMINS NOIRS - Sylvain Tesson

Essai

Editions Gallimard - 2016

Quatrième de couverture :


Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.

La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.

Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.

S.T.

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