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Le Très-Bas - Christian Bobin


Le 29 Mars 2023,


J’avais écrit un jour, quelque part au milieu d'une liste de choses à faire, Lire Christian Bobin. Sans trop savoir pourquoi. J'avais lu un article du Monde, il y avait une photo de l'écrivain dans sa maison au Creusot. Peut-être ce visage, ce sourire, ce lieu. Quelque chose a marqué mon esprit. Le sentiment que cet homme avait quelque chose à me dire, que je devrais y revenir, mais peut-être pas tout de suite. Et comme souvent avec les livres, c'est lui qui est revenu à moi. Après une longue infusion, c'est seulement aujourd'hui que j'en ai eu le goût. C'est donc chose faite, je suis entré dans le monde de Bobin par le Très-Bas. Et quel monde !

« On n'assiste jamais à sa venue. On n'est jamais contemporain de l'invisible. Ce n'est qu'après coup, ce n'est que longtemps après qu'on devine qu'il a dû se passer quelque chose. »

Voilà un auteur qui nous rappelle comme il est bon de lire. Comme la lecture est irremplaçable. En compagnie d'un livre, un vrai bon livre, Il y a quelque chose qui se joue dans la tête, une petite voix qui nous parle de l'intérieur. Je crois que c'est ce qui fait la singularité de la lecture. Ça nous parle au dedans. Et entendre cette petite musique, la poésie de Bobin mêlée aux chants de François d'Assise, c'est éblouissant et étourdissant. Nul besoin d'image, ni de son. Ça file droit vers le cœur et ça résonne dans cette petite chambre où loge, peut-être, l'âme.

« Dieu c'est ce que savent les enfants, pas les adultes. Un adulte n'a pas de temps à perdre à nourrir les moineaux. »

Moi, je prétends traquer dans les livres les preuves de la magie du monde. C'est la plus forte raison, je crois, de ma pulsion pour les livres. Je cherche, je creuse, j'éprouve la face secrète de la vie. Je lutte contre le désenchantement, contre la théorie dominante du rien. Je lui préfère l'idée du quelque chose. Celle de l'espoir. Celle du sens. Ainsi donc, avec le Très-Bas j'ai été servi. La magie de la vie y est célébrée à chaque page, dans chaque phrase. On la touche du bout du doigt, on en devine les contours. Elle s'appelle Dieu. Elle s'appelle le Très-haut, où plutôt Le Très-Bas. Et je les crois volontiers, François et Christian, quand ils me parlent de Dieu comme intention initiale, comme élan vital, comme parole originelle.

"Cette parole imprègne chaque page de la Bible, mais elle imprègne aussi bien les feuilles des arbres, le poil des animaux et chaque grain de poussière volant dans l'air. Le fin fond de la matière, son dernier noyau, sa pointe ultime, ce n'est pas la matière mais cette parole. Je t'aime."

En refermant Le Très-Bas, j’ai passé deux jours à écouter la voix – en podcast – de Bobin. S’il n’est pas élevé au rang de Saint, s’il n’a pas fondé d’ordre, s’il se prétend poète plutôt que maître spirituel, il aura été pour moi une « source de soleil » sur mon chemin. Et je le cite : « Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi je pense que je continue à en recevoir les rayons ».


 

LE TRES-BAS - Christian Bobin

Essai

Editions Gallimard - 1992

Quatrième de couverture :


L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière.

Cette phrase convient merveilleusement à François d'Assise. On sait de lui peu de choses et c'est tant mieux. Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître. Ce qu'on en dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir. On dit par exemple : Saint-François-d'Assise. On le dit en somnambule, sans sortir du sommeil de la langue. On ne dit pas, on laisse dire. On laisse les mots venir, ils viennent dans un ordre qui n'est pas le nôtre, qui est l'ordre du mensonge, de la mort, de la vie en société. Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n'ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière.

C. B.


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