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  • Photo du rédacteurFerdinand

La promesse de l'aube - Romain Gary


Le 09 Janvier 2022.


J’ai embarqué La promesse de l’aube dans les Pyrénées. Programme ambitieux. Il fallait lui trouver une place et pas seulement dans la valise. Je crois toujours que les vacances vont être propices au repos et à la lecture, mais le temps m’échappe mystérieusement. Il s’accélère ou se réduit, je ne sais pas mais il me manque, en vacances encore plus qu’ailleurs. Le programme chargé m’oblige à faire durer le plaisir avec cette promesse, à la découper en épisodes, à la morceler, et quand, bien trop tôt, je prends la route du retour, à l’aube, elle n’est pas encore tout à fait tenue.


Bon, j’ai quand même tourné quelques pages, et dès le premier chapitre, j’ai compris. Quoi ? Le titre, ce qui est déjà pas si mal : La promesse de l’aube. La promesse d’un enfant à sa mère, de devenir quelqu’un pour la France, un grand homme, de le faire pour elle, pour lui rendre justice, pour la rendre fière.


« Je refusais de me reconnaître vaincu. Je ne m’appartenais pas. Il me fallait tenir ma promesse, revenir à la maison couvert de gloire après cent combat victorieux, écrire Guerre et Paix, devenir ambassadeur de France, bref, permettre au talent de ma mère de se manifester. »

Pour moi aussi ce livre est une promesse. Bien lourde d’ailleurs. Car impossible de faire abstraction du poids de la légende de l’auteur doublement Goncourtisé, et de ce livre dont beaucoup s’accordent à dire qu’il est son meilleur. Promesse, donc, de chef d’œuvre. Mais la question n’est pas de savoir si celle-ci sera tenue, son statut est largement établi, et mon avis n’a rien à voir la dedans.


J’ai compris aussi pourquoi ce livre devait être. Et il ressemble plutôt à une promesse du crépuscule. Après avoir accompli celle de l’aube, et peut-être mieux encore qu’espéré, Romain se retourne sur sa vie et rend les lauriers à sa mère. Car l’artiste, c’est bien elle, Nina. Sa vie est un spectacle permanent, même après sa mort. Son chef d’œuvre : C’est Roman Kacew, Romain Gary, Emile Ajar et d’autres. « La promesse de l’aube » est un témoignage qui la rend célèbre et éternelle. Aujourd’hui, je peux facilement l’imaginer dans son hôtel-pension Mermonts, à Nice, rue François Grosso, ou en représentation, canne à la main, au marché de la Buffa. On l’aime Nina, ou devrais-je dire Mina, la vraie. En tous cas, elle me donner envie de flâner dans ces lieux lors d’un prochain passage à Nice, pour y sentir peut-être, un peu de son âme, à elle.

« - Vous ne saurez jamais d’où vous êtes revenu. Possible mais les dieux avaient oublié de couper le cordon ombilical. […] La volonté, la vitalité et le courage de ma mère continuaient de passer en moi et à me nourrir. »

Aujourd’hui je referme La promesse bien loin des Pyrénées, mais avec la sensation qu’ils resteront empreints l’un de l’autre. Comme si le décor des montagnes s’était mêlé à celui du livre, peut-être sous l’effet des allers et retours permanents qu’imposait ma lecture épisodique. Lui m’emmenait à Wilno, à Nice, à Bordeaux, en Afrique du Nord, au Royaume-Uni, et moi je revenais sans cesse aux Pyrénées. L’intuition me traverse, comme une promesse avec moi-même, que je reviendrai régulièrement vers l’un et à l’autre, peut-être même simultanément.


 

LA PROMESSE DE L'AUBE - Romain Gary Editions Folio (Gallimard - 1973) Roman autobiographique

Quatrième de couverture :


« -Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là.

Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

- Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »

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