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  • Photo du rédacteurFerdinand

La papeterie Tsubaki - Ito Ogawa



Le 1er février 2023,


J’ai poussé la porte de la boutique un dimanche de Janvier. On me l’avait recommandée. Je m’y suis tout de suite bien senti. Ça sentait bon le thé, le propre et la sérénité. Tout y était joli et soigné. Je n’avais pas de commande à passer mais j’avais envie de rester, de m’asseoir sur le tabouret et de me faire servir le thé par Hatoko.


« Si nous sommes voisines, Madame Barbara et moi, ce n’est sûrement pas par hasard, il doit y avoir une raison. Et si nous sommes devenues si proches, c’est peut-être parce que l’Ainée, depuis le ciel, tire des fils invisibles. »

J’étais, dans la papeterie Tsubaki, à l’abri du chahut qui se jouait dans ma tête. Elle me faisait l’effet d’une douce méditation, et j’en avais bien besoin. Je m’étais jeté à l'eau quelques jours plus tôt en rendant public une part de moi qui ne l’était pas, l’écriture.


Je dis que j’écris, mais en fait je n’écris pas, je déteste écrire. Je veux dire à la main. Je suis gaucher, ce n’est peut-être pas une excuse, mais l’écriture occidentale – comme tout un tas d’autres choses – n’est pas faite pour les gauchers, vous en conviendrez. Alors je suis comme Karen, je n’y arrive pas, et parce que l'on dit - peut-être à tort - que « L’écriture est le reflet de la personnalité », j’en ai parfois un peu honte.


Du coup je préfère tapoter sur mon clavier. En en regardant Hatoko, je me dis qu’on devrait avoir deux mots pour parler d’écriture, pour séparer la forme du fond, d’un côté la calligraphie et de l’autre la poésie. Les deux sont un art. Mais ça, je ne le savais pas avant d’entrer dans cette boutique.

« Mais l’écriture manuscrite, celle de la main d’un être vivant, possède un supplément d’âme qui ne se résume pas à la simple beauté formelle. »

J’aurai pu la regarder des heures choisir avec minutie chaque élément pour y mettre du sens. Parce que tout à un sens. Tout à un langage. Pas seulement les mots. Le choix du papier, le grain, la couleur, le choix de la plume ou du stylo, l’épaisseur du trait, la couleur de l’encre, la taille des caractères, le style, puis le choix de l’enveloppe et du timbre… Rien ne doit dénoter, briser l’harmonie de la lettre, sinon le message en sera déformé. Il s'agit là d'un art total, spirituel, qui ne réside pas uniquement dans l’esthétique. La lettre doit porter avec elle, l’âme de son expéditeur.

« C’est avec le corps qu’on écrit ».

En refermant la porte derrière moi, je me suis dit que finalement, j’aurai pu lui demander d’écrire ce texte pour moi. De l’écrire comme si c’était moi. En kanji ou en hiragana. Comme une lettre à OGAWA Ito, pour lui dire à quel point j’ai aimé sa Papeterie Tsubaki.


 

LA PAPETERIE TSUBAKI – Ito Ogawa Editions Philippe Picquier

Traduction : Myriam Dartois-Ako

Roman - 2018 Quatrième de couverture :


Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l'art difficile d'écrire pour les autres. Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d'un singe, des lettres d'adieu aussi bien que d'amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin. Et c'est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues

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