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  • Photo du rédacteurFerdinand

Connemara - Nicolas Mathieu


Le 18 Avril 2022,


J’ai ouvert ce livre pour la première fois en dînant dans un restaurant Biarrot, seul au bout d’une longue table de ferme. Au menu, sangria, chipirons, dorade à l’Espagnole, pas de doute, je suis bien au Pays Basque. Ernani, c’est le nom de l’établissement, hommage au patron, Victor Hugo ? Va savoir. Je pose Connemara sur la table, soupçonnant naïvement Nicolas Mathieu de vouloir m’emmener en Irlande. Je tourne quelques pages. En fait non, c’est en Lorraine, de Nancy à Epinal, que s’installe l’histoire. Je suis tiraillé, mon corps et mon esprit aux deux bouts d’une diagonale de plus de mille kilomètres qui coupe la France en deux. Je commande un dessert pour dérouler encore un chapitre ou deux, puis en réglant l’addition, la serveuse m’interroge : « Il est bien votre livre ? » Moi, un peu embarrassé : « Euh, oui. Enfin non, je ne sais pas, je ne sais même pas de quoi ça parle en fait. »


« L’adolescence est un assassinat prémédité de longue date et le cadavre de leur famille telle qu’elle fût gît déjà sur le bord du chemin. Il faut désormais réinventer les rôles, admettre les distances nouvelles, composer avec les monstruosités et les ruades. Le corps est encore chaud. Il tressaille. Mais ce qui existait, l’enfance et ses tendresses évidentes, le règne indiscuté des adultes et la gamine pile au centre, le coton et la ouate, les vacances à la Grande-Motte et les dimanches entre soi, tout cela vient de crever, on y reviendra plus. »

Je me sens un peu comme à une soirée où tout le monde à quelque chose à raconter et lors d’un silence, on se tourne vers moi « Et toi alors, quoi de neuf ? » « Bah…pas grand-chose, enfin rien de plus, la routine quoi. » Mon problème, c’est que ma vie est normale. Rien vraiment, ne s’y passe, du moins rien que je ne trouve à raconter quand on me donne la parole. Et forcément, c’est pas en lisant des bouquins comme ça que je vais me rendre intéressant, parce que du coup, c’est un peu pareil, je trouve rien à dire dessus. La serveuse me fixe, consternée, je crois l’entendre penser « Mais pourquoi tu t’infliges ça ? », puis elle jette un œil sur la couverture, déchire le ticket, retire la carte, me refile le tout en me souhaitant une bonne soirée.


« Les beaux-parents en feraient sûrement un album et de temps en temps, quelqu’un le sortirait d’une armoire et vérifierait le bonheur fixé-là, les visages d’une grand-mère ou d’un oncle mort entre- temps, le corps impossible des enfants, si petits alors, la lente hémorragie du temps retenue dans la digue d’un rectangle de papier brillant. »

En marchant dans la rue j’y repense, à sa question, et je cherche une réponse. En fait, il me fait penser ce livre à un album de photos de familles. On y voit deux vies qui se croisent. Deux vies banales qui commencent dans les années 70, et qui se poursuivent comme elles peuvent dans leur époque. On y observe leurs familles, leurs maisons, leurs meubles, leurs nappes blanches, leurs voitures, leurs tenues, leurs coupes de cheveux, leurs vacances, leurs amis, leurs amours. Rien de vraiment triste, mais rien de très gai. On y reconnait la vie normale, la vraie. La leur, la nôtre. Et pas toujours flamboyante. On s’y retrouve sans filtre, cru, comme on n’aime pas toujours se voir. Les photos ne mentent pas. Nicolas Mathieu non plus.

 

CONNEMARA - Nicolas Mathieu

Roman

Editions Actes Sud - 2022

Quatrième de couverture :


Hélène a bientôt quarante ans. Elle est née dans une petite ville de l’Est de la France. Elle a fait de belles études, une carrière, deux filles et vit dans une maison d’architecte sur les hauteurs de Nancy. Elle a réalisé le programme des magazines et le rêve de son adolescence : se tirer, changer de milieu, réussir. Et pourtant le sentiment de gâchis est là, les années ont passé, tout a déçu. Christophe, lui, vient de dépasser la quarantaine. Il n’a jamais quitté ce bled où ils ont grandi avec Hélène. Il n’est plus si beau. Il a fait sa vie à petits pas, privilégiant les copains, la teuf, remettant au lendemain les grands efforts, les grandes décisions, l’âge des choix. Aujourd’hui, il vend de la bouffe pour chien, rêve de rejouer au hockey comme à seize ans, vit avec son père et son fils, une petite vie peinarde et indécise. On pourrait croire qu’il a tout raté. Et pourtant il croit dur comme fer que tout est encore possible. Connemara c’est cette histoire des comptes qu’on règle avec le passé et du travail aujourd’hui, entre PowerPoint et open space. C’est surtout le récit de ce tremblement au mitan de la vie, quand le décor est bien planté et que l’envie de tout refaire gronde en nous. Le récit d’un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi.

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