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  • Photo du rédacteurFerdinand

Blanc - Sylvain Tesson


Le 18 Novembre 2022,


Sur le papier blanc, je marche avec les yeux, dans la trace qui est imprimée. Des lignes d’encre noire, régulières, répétitives, page après page, jour après jour. Je parcours les kilomètres de Blanc, grâce au sens des mots et à mon esprit de projection. Je me dissous dans le livre, dans le papier, dans le Blanc. Nous sommes donc quatre, Du Lac, Rémoville, Tesson et moi, à traverser les Alpes de Menton à Trieste, sur la ligne de crête. Oui, moi aussi, j’en suis. Avec eux je grimpe aux sommets, je redescends à skis ou en rappel, je marche, je souffre, je crains l’avalanche et la chute, j’admire, je médite, je bois le thé dans les refuges glacés. A chaque étape, je pointe notre position sur Google Map, je relie les points de notre itinéraire et je prépare ceux des prochains jours. J’intègre ainsi la géographie des Alpes, en dessinant sur leur dos, les frontières des pays qui se les partagent, j’appréhende les méandres de leur tracé.


« Géomètre était un métier. Nos deux planches raclaient la Terre. Dans ce voyage nous mesurions ce qu’il fallait d’effort pour un seul kilomètre. Il ne s’agissait pas de vaincre les montagnes, mais de les arpenter : les gravir, y ramper, les descendre précautionneusement. »

Je lis ce livre depuis une chambre perchée dans les Pyrénées. On est en Novembre, les premières neiges sont tombées, mais pas suffisamment pour chausser les skis, pas assez non plus pour se fondre dans le Blanc. Je marche un peu chaque jour et recherche dans l’effort, dans la grandeur, dans la beauté, le goût de cette dissolution du corps et de l’âme dans la substance. J’y ressasse ces questions, sur le sens de nos existences urbaines, sur leurs conséquences, sans toutefois y trouver de réponse. Alors comme tout le monde, je marche encore, je cours, je lis, j’oublie, dans l’effort accompli, pour me sentir en paix, ne serait-ce qu’un instant éphémère. Comme une neige de printemps, un fragile voile Blanc.


« Où va le blanc quand la neige a fondu ? Demandait Shakespeare. […] Le Blanc unifiait le monde, désagrégeait le moi, anesthésiait l’angoisse, augmentait l’espace, évanouissait les heures. »

 

BLANC - Sylvain Tesson

Editions Gallimard

Essai 2022

Quatrième de couverture :


Avec mon ami le guide de haute montagne Daniel du Lac, je suis parti de Menton au bord de la Méditerranée pour traverser les Alpes à ski, jusqu’à Trieste, en passant par l’Italie, la Suisse, l’Autriche et la Slovénie. De 2018 à 2021, à la fin de l’hiver, nous nous élevions dans la neige. Le ciel était vierge, le monde sans contours, seul l’effort décomptait les jours. Je croyais m’aventurer dans la beauté, je me diluais dans une substance. Dans le Blanc tout s’annule — espoirs et regrets. Pourquoi ai-je tant aimé errer dans la pureté ?

S. T.

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